Je suis tombé dedans quand j’étais petit et je n’arrive pas plus à en sortir.

J’aurais du me méfier quand j’ai entendu Marc Pajot dire : « La coupe de l’America est une drogue » .

the cup

Je crois qu’il est indispensable avant tout autre billet que je vous avertisse de mon énorme dépendance à la coupe de l’America.
Les symptômes de cette addiction sont multiples :

  • tendance à porter des vêtements marqués d’une équipe,
  • Insomnies devant une télévision à attendre que des régates commençent,
  • déportation de famille entière à l’autre bout du monde,
  • incapacité à interrompre une discussion ayant trait à tout objet flottant portant du tissus en kevlar carbone,
  • perte de l’interêt professionnel pour des projets utiles (facturation) pour des activités futiles (plus de cap, moins vite)

Mais je crois que le plus grave, c’est quand même cette capacité de s’extraire du monde réel pour faire naviguer des bateaux à voile. Tout est énorme dans la coupe : les bateaux, les voiles, les budgets, les hommes, les équipes, les technologies… bref rien n’est raisonné. Beaucoup y ont perdu énormément d’argent comme certains milliardaires (Sir Lipton, Alan Bond). D’autre y ont perdu leurs convictions en vendant leur âme par exemple à Areva. The loser

Avant d’aller plus loin et tenter de vous expliquer comment j’ai pu accepter de me faire insulter par des membres de greenpeace, il faut que je vous raconte ma vie ( c’est un blog ici). Comment en suis-je arrivé là ?

The bookTout débute, à l’âge où l’on use son ciré sur des caisses à savon. On sait déjà que l’on va devenir des stars de la voile car nos optimists sont des « winner » translucides. Je n’étais pas encore accro à la coupe et je n’ai pas suivi la révolution de 1983 à Newport où les australiens arrachent la cup aux américains après plus d’un siècle de domination. Toutefois la révélation a lieu peu après lors de la lecture du roman de John Bertrand Et le kangourou terrassa l’aigle . Ce livre relate la campagne victorieuse des australiens face au bateau rouge de big bad Dennis. C’est le seul livre de voile que je connaisse qui rapporte aussi bien l’esprit d’une régate. En particulier il retranscrit parfaitement les dialogues des équipiers en pleine régate. On retrouve des problématiques stratégiques connues avec en plus la tension propre à la coupe. On revit ce dernier bord de portant où les américains perdent la coupe sur une prise de risque trop importante et non grâce à cette fameuse quille à aillette d’Australia 2.

La coupe s’en va donc à Perth en Australie. J’ai maintenant attrapé la maladie. J’achète tous les magazines qui parlent de la coupe, et découpe tous les articles de presse. Je me souviens de l’éditorial de Daniel Charles dans Neptune Yathching qui parle d’une nouvelle forme de guerre entre nations, tant chaque équipe rassemble les compétences et ressources de son pays : compétences sportives bien sûr mais aussi financières et technologiques. En 87 à Freemantle, j’ai suivi la coupe tous les soirs dans le trop court journal de Patrice Drevet, il me semble me souvenir que c’était juste avant Santa Barbara… C’est l’aventure de French Kiss, dont le marketing avait bien comprit les fans comme moi: j’avais même le caleçon. C’est le début de l’ère Pajot , le commencement d’une vie pour beaucoup de marins français. Je pense par exemple à Jaco (Albert Jacobsoone) qui, après 25 ans n’est toujours pas guéri.

L’histoire continue sur la cote ouest des états Unis, à San Diego, après la revanche de Dennis Conner non plus contre le kangourou mais le Kookaburra (il aurait jamais du changer d’emblème). On devient vite comme un supporter de foot à surveiller toutes les infos et apparitions. D’autant plus que la coupe est truffée d’histoires d’espionnage, par exemple de plongeur tentant de découvrir les appendices des nouveaux monstres de la coupe qui apparaissent alors : sa majesté le class America.

Il fallait vraiment être passionné pour suivre les régates américaines sans vent. Je ne suis certainement pas le seul à me souvenir des commentaires de Bertrand Chéret (maitre) sur FR3 et des longues soirées au carousel du Louvre à regarder l’ancêtre de Virtual spectator.


Je sais que ces guerres là on était très dures pour le clan français, mais il faut que vous sachiez que pour les nombreux voileux fans c’était tout aussi dur. Beaucoup de tristesse devant les piètres performances de Ville de paris, de France 2. Mais la richesse du clan français dans la communauté de la coupe vient essentiellement de ces campagnes.

Puis les kiwis arrachèrent la coupe aux ricains. C’est là que l’histoire s’accélère pour moi avec le commando Yaka France. Le rêve qui devient réalité. Le TShirt que l’on n’achète plus comme un fan mais que l’on porte comme un membre de l’équipe. Et puis surtout le souvenir d’un bonjour à Sir Peter Blake en allant au travail le matin. Je ne suis pas tout seul à un être sur un petit nuage, nous sommes beaucoup de jeunes dans cette équipe à déambuler dans cette base chantier. Ce n’est pas seulement la coupe, c’est aussi ce merveilleux pays qu’est la Nouvelle Zélande. On y serait bien resté… surtout que ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre Victoria April (hein Dimitri!).

Il faut être honnête, quand on a mis un pied dans la coupe c’est assez difficile d’en sortir. Alors quand on vient à nouveau vous chercher en 2002, ce n’est pas facile de refuser.

Je vous promet que l’on a signé sans savoir la couleur du sponsor. Quoiqu’il en soit, je ne rappelle pas que quiconque ait rendu son tablier à l’annonce du partenariat avec Areva. Ce fut une campagne très dure à tout point de vue : au niveau sportif bien sûr, j’y reviendrai, mais aussi au niveau de la bétise. Il faut vraiment que j’avoue quelquechose aux équipes de greenpeace présentes à Lorient lors du baptème de FRA69. En dehors des insultes à notre incongre je me souviens surtout de ce zodiac qui a percuté notre bateau comme il aurait fait avec un baleinier. Outre la dangerosité de l’opération, puisqu’il y aurait pu avoir des blessés graves, en attaquant ce bateau vous vous attaquiez à un symbole mais il avait une toute autre signification pour nous autres: c’était simplement la destruction du travail acharné depuis une semaine 24h sur 24 d’une équipe de cinquante personnes (sans parler des centaines d’heures de conception et de construction). Je crois que vous avez bien compris notre fureur lorsque vous avez décidé d’un repli rapide. Personnellement je ne suis pas contre ces formes d’activismes mais peut être qu’il est nécessaire de le faire avec plus de respect du travail d’autrui comme l’a très bien fait Greenpeace New Zealand. Doit t’on boycotter une équipe pour des raisons politiques ?. Dimitri Nicolopoulos sur son blog (voir l’article ici) propose de boycotter Alinghi et Victory parcequ’ils s’entrainent à Dubai sur le dos des esclaves Indiens. Il faut dire que ce monsieur est le chef du design team d’Areva Challenge…

Bref je suis loin d’être guéri, je suis accro. Ce qui me rassure c’est que je ne suis pas seul. Je vais tenter de vous décrire sur ce blog l’ambiance de cette communauté de drogués. J’ai l’avantage pour cette édition d’être ni vraiment dedans ni vraiment dehors.

Mais il y a de l’espoir. Je citais dans mon intro les propos d’un désintoxiqué : Marc Pajot. Je peux vous dire que cela a été très dur pour lui, mais je crois qu’il en est effectivement sorti.

2 réponses à “La coupe de l’America – Attention Addiction”
  1. higgins dit :

    ben je ne savais pas que tu étais né pour french kiss, tu parais si jeune !!! En plus , tu fais dans le politique, et le polémique. Et tu as raison, avant de la ramener certains ferais bien de s’occuper de leur assiette sans s’occuper de celle des voisins….. Pour le reste cher Mathieu, il y a encore notre villa du côté de Parnell, quand tu t’endormais dans la salle de cinéma après avoir vu la trilogie du Parrain !! Encore bravo pour cette initiative de blog, j’y ai pensé depuis longtemps, mais le manque de temps, alors je mettrais juste des comments de temps en temps

  2. trebormat dit :

    Merci mon cher Higgins pour ce premier commentaire.

    Attention l’oeil (ACM) de Moscou est parmi nous…

  3.  
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