Après sa lettre ouverte Ernesto Bertarelli a franchement déconcerté le monde de la voile. Le lendemain, samedi, dans une interview à las provincias il dit clairement qu’il faut oublier la coupe de l’America en 2009 : »Es impossible ». On s’en doutait malgré la volonté de Russell Coutts qui s’apparentait il est vrai plus à de la propagande pour discréditer les suisses. Une autre interview à BYM News, elle de Grant Simmer d’Alinghi, reprend quelques points de la lettre ouverte que j’évoque ci-dessous et en passant il dément la rumeur sur le départ de Brad Butterworth.

Bizarrement dans le même temps on apprends qu’une nouvelle équipe est en cours de composition en Espagne rassemblant les clubs de Madrid et Barcelone. Ca sent la guerre interne comme au bon vieux temps quand il y avait plusieurs syndicats américain. C’est en soi une bonne nouvelle car cela veut dire que des sponsors sont encore attirés par l’aventure malgré un avenir très flou.


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J’ai relu avec attention la lettre de EB, et je me suis dis que j’allais comme quelques commentateurs reprendre chaque question. Mais je me suis aperçu que la première question sur lequel il fallait trancher était: Est ce que nous voulons que la Coupe de l’America devienne un évènement sportif semblable à une coupe du monde de football ? Ou préférons nous qu’elle reste une épreuve à part où le monde entier défi une nation ?. On pourrait traduire cette problématique en opposant les modernes et les classiques. Je ne crois pas que cela soit si simple. Analysons un peu les questions posait par EB.

Le Defender doit-il automatiquement être qualifié pour l’America’s Cup Match ou est-ce que toutes les équipes doivent partir sur un pied d’égalité ?

Dans le cas d’un évènement comme une coupe du monde de foot, la réponse est oui. Le defender peut être qualifié pour une phase terminale directement pour éviter la longue période de sélection. Par contre faut il, comme c’était le cas avant la 32ème, que le defender n’apparaisse que lors des régates de l’America’s Cup ou aussi dans la phase de sélection des challengers, comme c’était le cas dans la dernière édition. Le problème du defender est la nécessité, pour progresser, de se confronter aux challengers pour que ne pas avoir une mauvaise surprise dès les premières minutes du match finale ( par exemple les néozeds en 2003). La série des challengers étaient aussi vécu par le gagnant comme quelquefois trop longue et fatigante pour le finaliste qui se retouvrait face à un defender beaucoup plus frais (voir Luna Rossa en 2000).

On pourrait très bien imaginer que tout le monde parte à égalité comme le propose EB. Mais le principe de la Coupe de l’America c’est que les challengers veulent devenir calife à la place du calife. L’objectif est de devenir defender et donc devenir maitre du jeu. On pourrait se dire que le defender n’a pas son mot à dire dans l’organisation de la sélection des challengers mais un des attraits d’être le defender est le gain de l’organisation de l’épreuve. Avant Auckland les challengers se préparaient longuement dans leurs pays d’origine puis arriver sur les lieux de l’épreuve pour défier le defender. Dès Freemantle les équipes ont commencé à s’installer sur place pour bénéficier des conditions locales. Car la grande particularité de notre sport par rapport au foot est l’impacte majeur du terrain. Il est primordiale de pouvoir s’entrainer et concevoir sur les lieux de l’épreuve. Vous en connaissez beaucoup des épreuves où les concurrents installent des entreprises de plus d’une centaine de personne plusieurs années avant les compétitions. Cela au plus grand bénéfice de la ville hôte donc du defender.

Cette particularité est essentielle et c’est pourquoi beaucoup s’inquiète de voir l’épreuve se transformer dans un évènement banale. Personnellement je verrais bien des actes avec le defender plus ou moins promotionnel à travers le monde pour que la couverture médiatique perture et les équipes continuent de s’entrainer. Puis une phase de sélection des challengers sans defender. Je sais, c’est très classique mais je crois en la magie de la Coupe et d’une nation contre tous.

La ville d’accueil et les règlements ne devraient-ils pas être annoncés plusieurs cycles à l’avance afin d’établir un calendrier et de faciliter les financements ?

Les questions du calendrier et du lieu sont, il est vrai, essentielles pour le financement par des sponsors. En sachant que les équipes qui fonctionnent bien sur la durée sont les équipes dont les fonds propres sont apportés par des parrains indépendants. Les milliardaires fournissent l’assurance que leur équipe va pouvoir palier les trous de financement liés au sponsors. Ces parrains lancent la machine (contrat de travail, inscription), font des prets qui seront en général remboursé par les sponsors. Malheureusement tous ces parrains ne sont pas tous aussi riche. Par exemple le report de l’épreuve de 2009 va provoquer l’arrêt de fonctionnement de plusieurs équipes dont le parrain ne peut pas se permettre de payer les salaires une année de plus sans l’apport de sponsor.

Il faut bien se rendre de quoi l’on parle quand on parle d’une équipe pour la Coupe de l’America. On parle d’une équipe d’une centaine de personne avec femme et enfants pour la plupart expatriée. J’avais décris la composition d’une équipe dans un de mes premiers billets: Valencia et ses bases. Il ne faut pas oublier que l’on ne parle pas de smicard mais de salaire proche du déraisonnable en faite comme dans les autres sports de haut niveau (moins que le foot ou la formule 1 tout de même). La masse salariale a explosée en deux editions et est maintenant la part la plus importante du budget. D’autre part il faut aussi compter tous les prestataires qui vivent plus ou moins directement des équipes: construction du bateau, voile, mat, fonctionnement base, marketing. Cela peut représenter plus centaines d’emploi.

Pour les managers il est indispensable d’avoir une visibilité sur le calendrier. Il n’y a rien dans le deed of gift qui ne stipule un délai entre les épreuves, si ce n’est le minima de 10 mois. On a donc eu

  • 4 ans entre New Port et Freemantle (1983-1987)
  • 5 ans entre Freemantle et San Diego (1987-1992). Oui j’oublie la farce de 1988.
  • 3 ans entre les deux épreuves à San Diego (1992-1995)
  • 5 ans entre San Diego et Auckland (1995-2000)
  • 3 ans entre les deux épreuves à Auckand(2000-2003)
  • 4 ans entre Auckland et Valencia (2003-2007)

Ce n’est donc pas évident pour des responsables de projet de s’engager sur le long terme. La grande famille de la Coupe de l’America perd à chaque fois beaucoup de membre qui préfére se tourner sur des activités plus stable. Heureusement que la Cup Addiction suppose quelques prises de risque.

Comment améliorer cette visibilité alors que c’est le vainqueur qui définit une partie des règles en accord avec le challenger of record. Par exemple en imposant un calendrier ? Par exemple en disant que les deux prochaines épreuves doivent se courir dans telle ville. Les américains ont par exemple dit que quelquesoit l’issus du match en multicoque la prochaine coupe conventionnelle se courra à Valencia. On pourrait imaginer comme le propose EB d’imposer des cycles. Mais cela suppose de faire au moins en partie abstraction du vainqueur de l’épreuve. Imaginons que l’on dise que après Valencia l’America’s Cup est lieu à San Francisco pour deux éditions. Quand est t’il si par exemple l’allemagne gagne lors de la première édition us ?. Ca me parait un peu compliqué à part si on décide d’organiser la Coupe comme les JO avec un jury qui décide où se tiendra la prochaine édition. Bonjour l’indépendance d’un tel jury…

Une autre solution serait d’imposer au challenger qui défit le defender de pouvoir organiser en cas de victoire la prochaine Coupe de l’America dans un délai fixe.

L’organisation de la Coupe ne devrait-elle pas être assurée en permanence par des entités représentant d’anciens et d’actuels trustees ainsi que des équipes participantes ?

La question de la gouvernance est évidemment importante. Car si on veut pouvoir répondre aux questions précédentes il faut pouvoir les discuter et les imposer. La plupart des sports sont régis par des émanations internationnales de fédération nationale. Cette organisation plus ou moins démocratique est lié à l’organisation des JO. La voile est partie intégrante de ce mouvement mais la Coupe de l’America y est très peu liée. Si les règles de course utilisées sont bien celle de l’ISAF mais par contre le choix des arbitres n’est pas du tout gérés par l’instance internationale. On peut aussi parler de la lutte anti dopage qui est apparu uniquement lors de la dernière édition, auparavant les concurrents préféraient oublier ce sujet.

Il y a bien sur d’autre sport où une épreuve n’est pas en accord avec la fédération internationale, je pense par exemple au cyclisme et le tour de France mais les sportifs restent très liés aux instances fédérales. Rien de cela dans la Coupe de l’America, les defenders ont bien essayé de faire preuve de compromis en créant des instances de délibération, voir de décision: l’arbitration panel ou la commission des challengers. Malheureusement son indépendance et ses bases juridiques sont faibles. Alinghi a réduit la dernière commission à trois membres alors qu’auparavant il était cinq de nationalité, voir la polémique sur le sujet dans ce billet : Our independant arbitration panel.

EB propose donc de créer « The trutees of the cup » formé des gagnants de la Coupe de l’America: New York YC, Royal Perth YC, San Diego YC, Royal NZ Yacht Squadron et la Societe Nautique de Geneve. C’est probablement une bonne idée en particulier parceque parmi ce groupe trois yacht club ne participe pas à l’épreuve actuellement. Ils sont probablement plus libre pour négocier.

Quoiqu’il en soit de la formation de cette commission quand il y aura un conflit seul le Deed of gift rédigé il y a plus de 150 ans est et sera valide. D’où la nécessité, selon EB, de modifier ce texte. Je n’ai aucun avis sur ces aspects juridiques, pourquoi les concurrents ne signent pas tout simplement un contrat selon les dispositions du « Trustees » ?. A vous de me le dire. EB dit avoir commencé les discussions avec le New York Yacht Club mais quel est la légitimité de ces dirigeants ?. Quel est leur pouvoir de nuisance ?. En faite je dois avouer que je suis un peu inquiet quand à l’aboutissement des discussions. Les choix des instances de la voile, aussi honorable soit elle, m’inquiéte un peu. Je pense en particulier la décision de l’ISAF de supprimer le tornado des JO. Avez vous signé la pétition (pas de cata à Londres) ?

Pourquoi proposer cette modification maintenant ?

C’est au finale la question que l’on peut se poser. Pourquoi ne pas l’avoir fait le 5 juillet 2007 après cette magnifique victoire (à voir en video ici) ?. Pourquoi attendre d’être acculer par la décision de justice ?. Cela ressemble plus à un échappatoire qu’a autre chose. Même si cette initiative est louable puisque c’est le premier defender à proposer de partager son pouvoir mais la manière n’y est pas. Il va lui falloir beaucoup d’énergie pour convaincre de sa sincérité et faire oublier à la famille de la Coupe, aux fans, aux sponsors que l’épreuve n’a toujours pas de date !. Si ce n’est cette plaisanterie en trimaran l’année prochaine dont personne ne comprends vraiment l’intérêt si ce n’est de construire de belle machine. Encore qu’il n’y a qu’a venir en France pour voir ces beaux engins. D’ailleurs les vols Paris-Valencia sont bizarrement très utilisé en ce moment…

Qu’est ce que vous en pensez ? Quels sont vos propositions pour une Coupe meilleure ?

La prochaine étape est une réunion aujourd’hui (lundi) avec le New York Yacht Club, le Golden Yacht Club et EB. Le même jour où a lieu la publication officielle de justice qui annoncera probablement une coupe de l’America pour octobre 2008 .

5 réponses à “Quelles réponses à Ernesto Bertarelli ?”
  1. lanou dit :

    http://www.letemps.ch/template/spor...

    As-tu lu cette ITV, matthieu ? Il semble qu’EB annonce de façon assez claire son intention d’accepter le duel en multi. Nous y voici… En avant! pourquoi pas ? ca va accéléerer le processus de négotiation et faire bosser des français. ca semblait inevitable…

  2. trebormat dit :

    Nous je n’avais pas lu une réponse aussi directe:

    Avec Larry, nous allons nous affronter avec deux beaux monstres. Et c’est celui qui dépensera le plus d’argent qui va gagner.

    - Vous partez vaincu d’avance?

    C’est mal me connaître. Mais la réalité, c’est qu’aujourd’hui je fais la course contre le porte-monnaie de Larry Ellison. Il faudra un jour mettre des garde-fous aux dépenses et aux coûts. Sinon, Larry se retrouvera tout seul, comme je l’étais sur le lac avec mon beau catamaran noir avant l’introduction des D35 et de la monotypie. Larry a une vaste équipe d’architectes qui planchent sur un AC 90 (ndlr: le nouveau bateau prévu pour une Coupe conventionnelle), mais il a aussi une vingtaine de personnes du milieu du multicoque français qui travaillent depuis plusieurs mois pour lui. De notre côté, nous n’avons encore engagé aucun spécialiste du multicoque. Jusqu’ici, mes «designers» ont œuvré à la mise en place de la jauge du nouveau bateau, le AC 90.

  3. la taupe dit :

    J’ai une réponse à la lettre d’Erenesto : « non ! Va construire un cata, un tri, un mono ou ce que tu voudras et envoie tes boys d’ACM te trouver un site incroyable pour la 33AC en 2008. Mais merci quand meme d’avoir essayé ».

  4. trebormat dit :

    Dis donc t’es quand même un peu énervé comme garçon, euh la taupe c’est féminin non.

    T’as vu il a répondu à tes souhaits !

  5. la taupe dit :

    Ben quoi, tu demandes des idées de réponses, moi je t’en donne une. Je la trouve toute pourrie son idée à EB, donc je lui formule une réponse … Et sinon effectivement, c’est LA taupe. Donc tes remarques du style « t’es un peu énervé comme garçon » …

  6.  
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