Hier lundi, French Spirit, le challenge dirigé par Marc Pajot a dévoilé les membres de son jury pour le concours d’architecte: Lancement du premier concours d’architectes de l’histoire de l’America’s Cup. Il est vrai que c’est une sorte de première dans l’histoire de la Coupe de l’America et il m’a semblé important important de s’arrêter sur la démarche.

Premièrement il faut noter que c’est un concours d’architecte et pas d’architecture. L’objectif est d’identifier les hommes, les outils et les moyens. Pour cela un jury d’expert a été mis en place:

  • Philippe Gouard, directeur technique national de la Fédération Française de Voile, président du jury
  • Bertrand Alessandrini, chercheur en hydrodynamique au Laboratoire de mécanique des fluides de l’Ecole Centrale Nantes/CNRS ;
  • Bruno Dubois, maitre voilier, Manager de la voilerie North Sails France ;
  • Jacques et Nicolas Fauroux, architectes navals ;
  • Bertrand Pacé, barreur de Team FRENCH SPIRIT ;
  • Franck de Rivoyre, ingénieur en mécanique des structures ;
  • Yann Roux, Docteur en mécanique des fluides, coordinateur du jury.

J’entends déjà les mauvaises langues me dire que cela à un air de déjà vu et que Pajot recycle ces anciennes connaissances. C’est un peu vrai mais cela n’enléve rien à la qualité de cette équipe. Vous remarquerez qu’il manque deux grands absents: Philippe Briand et Philippe Pallu de la Barrière. Les artisans des Class America de Pajot dans les éditions 92 et 95. Mais ils font probablement partis de la liste des six cabinets français et deux étrangers retenus pour ce concours.

La liste n’a pas encore été dévoilé mais beaucoup de nom circule: Guillaume Verdier, ex KChallenge tout comme le voilier Bruno Dubois; Daniel Andrieu, ex China Team; Finot, Lombard. Il y a aussi ceux qui ont déjà bossé sur les AC90 comme Bernard Nivelt,et Jason Ker pour Team Germany; mais aussi pourquoi pas Juan Kouyoumdjian pour Team Origin. Normalement les règles de la Coupe de l’America sont très strictes pour les designers avec beaucoup de restrictions quant au changement d’équipe. Mais j’imagine que tout tombe à l’eau avec l’annulation de la 33ème America’s Cup conventionnelle initialement prévus en 2009.

La sélection prendra en compte la richesse des méthodes et des outils et l’innovation du projet du point de vue architectural. Il est clair que c’est essentiel de choisir une équipe qui dispose d’un fonctionnement efficace car le maitre mot sur le Coupe de l’America est le temps. Je ferais probablement un billet sur les progiciels utilisées en design. Par contre je suis un peu spectique quand au critère basé sur l’innovation. J’ai un peu peur de l’innovation dans ce cadre. Il n’y pas de nouveau marché à conquérir mais juste des régates à gagner. J’ai encore beaucoup de mal à croire aux idées géniales au niveau architecturale qui vont faire gagner plusieurs dixième de noeud. Est ce que dans l’histoire moderne de la Coupe de l’America une innovation architectural a permis de gagner le trophée ?: La quille à aillette d’Australia 2 ?, rien n’est moins sur; Le Hula de TNZ ?. Par contre je suis sur que des mauvaises idées on fait perdre beaucoup de régate…

Je me souviens des propos Brad Butterworth lors de la dernière édition qui disait avant la finale qu’ils avaient essentiellement travaillé la vitesse. Il était sur d’eux mais malheureusement (ou heureusement pour le spectable) ce ne fut pas le cas, les néozélandais avaient un Class America aussi performant. Les suisses ne doivent leur victoire qu’aux très nombreuses erreurs techniques et tactiques des kiwis mais certainement pas à leur vitesse supérieur. Je reviendrais en détail sur l’analyse de cette régate avec des chiffres promis.

Rien n’est plus rageant pour une équipe et les naviguants, que d’avoir un bateau qui n’est pas au niveau de ces concurrents. Il me semble, mais cela n’engage que moi, qu’il est préférable d’avoir un voilier avec une structure saine qui permettent beaucoup de développement. J’ai été particulièrement impressionné par le travail de l’équipe de Shosholoza qui; à partir d’un RSA 83, de facture moyenne on réussit à se remettre en question et remodeler leur bateau pour en faire une plateforme qui a impressionné beaucoup de monde.

Je remarque que dans l’équipe du jury il y a beaucoup de scientifique. C’est probablement une bonne chose d’apporter la rigueur scientifique au monde quelques peu brouillon des voileux. Mais il est nécessaire de se souvenir que le bateau et ses équipiers doivent naviguer un maximum dans de bonne condition. Il ne faut pas que la CFD (Computational Fluid Dynamics ou Mécanique des Fluides Numérique) devienne « Ce Qu’il fallait Démontrer ». Il faut absolument rester pragmatique, que le duo design-équipage fonctionne au mieux. Pour illustrer ce propos j’aime beaucoup citer l’exemple du point de tire du génois d’Alinghi. Simon Daubney ne dispose pas comme des autres régleurs d’un chariot usine à gaz qui permet de positionner la point de tire dans les trois dimensions. Il a un simple réglage avec un simple tube comme sur certain dériveur car sur la Coupe de l’America tout est possible mais après beaucoup de développement seul l’utile est indispensable.

J’ai noté également que le jury est constitué de spécialiste en voilerie qui était peut être un peu sous évalué par le passé. Il me semble qu’il est indispensable d’avoir les moyens de travailler en voilerie. D’ailleurs lors de la dernière édition les équipes qui ont le plus progressé dans la dernière année étaient celles qui avaient bossés le plus sur les voiles. Je pense par exemple à la magnifique garde robe de Mascalzone mais aussi à l’énorme travail de Victory Challenge sur le sujet (équipe totalement française dirigé par Laurent Delage).

Le challenge pour le design team est de construire un voilier au niveau pas plus ni moins. Je crois qu’il est nécessaire de faire comme les gros teams: Copier et voler les compétences dans les autres équipes. Il y a de nombreux français qui bossent ou ont bossé sur l’AC 90 que se soit pour BMW Oracle ou Team Germany par exemple (Dimitri Despierres, Dimitri Nicolopoulos, Hervé Penfornis,Hervé Devaux, … etc). Oui cela coutera cher mais le temps gagné est énorme !.

Vous me direz aussi que c’est aussi très rageant pour des designers de voir un équipage ruiner son beau boulot. Comme par exemple Chris Dickson qui avait probablement le meilleur bateau de la dernière édition entre les mains mais n’a pas su en tirer partie (à revoir le désastre en vidéo Humiliato). Mais c’est une autre question, la question de l’équipe, de la cohésion. D’ailleurs vous ne trouvez pas que ce design team parle beaucoup français ?.

Voila c’était mes petites réflexions personnelles sur le fonctionnement d’un design team. Qu’est ce que vous en pensez ?

10 réponses à “French very french spirit”
  1. Yoyo dit :

    La quille à ailette était une véritable innovation, par contre je ne suis pas d’accord concernant la hula, ça n’avait rien d’une innovation, c’était juste une astuce pour contourner les limitations de la jauge. On ne verra jamais une hula sur un autre bateau qu’un ACC parceque ça ne sert à rien.

    En ce qui concerne Oracle, il y a eu à un moment des rumeurs selon lesquelles le bateau américain aurait été déclaré non conforme par le comité de jauge entre les RR et les demis, les américains ayant du faire des modifs qui pourraient expliquer leur baisse de performance. C’est resté à l’état de rumeur et ça le restera surement encore longtemps mais ça ne serait pas la première rumeur fondée dans l’AC, et puis cela ferait désordre si l’on apprenait que Oracle a terminé 1er des Round Robin grâce à un bateau déclaré hors-jauge par la suite.

  2. trebormat dit :

    @yoyo: La quille à ailette une vraie innovation technique, oui certainement en terme d’architecture navale mais ce n’est pas de ça dont je veux parler. Est ce que la quille à ailette à procurer un avantage décisif sur la victoire. D’après ce que j’en sais ce n’est pas aussi clair.
    Le hula n’est pas pour toi une innovation car juste un contournement de la jauge, soit mais c’est ta définition.

    La rumeur selon laquelle BMWO aurait été hors jauge pendant les round robin, perso je n’y crois pas et si c’est le cas c’était pour une broutille. Le fait est que BMWO avait un voilier au top, peut être pas supérieur à TNZ ou Alinghi mais il est clair que ce n’est pas à cause de leur vitesse qu’ils ont perdu contre Luna ROssa en demi finale. Je suis contre la dictature de la performance, cela reste une régate, un jeu d’échec avec l’adversaire et le vent. Encore une fois c’est mon avis.

  3. koga dit :

    Ca parai antagoniste de sélectionner un designe team en leur disant « c’est pas a vous de nous faire gagner »… Mais par contre on pourrai leur préciser qu’un de leur objectif serai de ne pas « faire perdre » autrement dis d’être au moins aussi bon que les autres, et de pas se lancer dans des voies sans issu…

    Pour ce qui est d’australia 2 j’ai vu un reportage sur leur victoire ou les architecte du bateau disaient que les vrais innovation qui les avait fait gagner était dans les voile et pas dans la quille !

    Autre innovation qui elle n’a jamais été utilisé en régate c’était la bi-quille…

  4. Jo dit :

    je suis bien d’accord que ce serai l’ideal de faire bosser les meilleurs de chaque domaine ensemble. Mais plus il y a d’interlocuteur plus il y a d’avis plus c’est dur de choisir une solution. De plus, il y a les problemes humains … Par exemple pour la réparation de GMA3 vous imaginez pas la longueur des réunions et le nombre d’avis sur la question …

  5. higgins dit :

    faire un concours d’archi pour l’AC , c’est quand même un peu gros, c’est juste pour la presse et le public , pour dire  » vous voyez , on innove en france et on a changé , on laisse la chance à tout le monde !! ». De toute façon, il n’y a qu’une seule chose importante: c’est de gagner des course, point barre !!! TOUT le reste, ce n’est que de la littérature pour journaliste et le public. On jugera aux résultats. Moi, j’ai mon idée. Au fait la biquille c’est pas du déjà vu? : Fast 2000 avec Be Happy, Et le team manager était…… et le responsable de calcul de structure était…. un bon point pour celui qui trouve les deux noms. le 1er est facile et le 2e est dans le jury.

  6. Toquec dit :

    Ouf

    Quel apport d’oxygéne.

    Cela fait du bien de parler voile et technique.

    En plus de projet Français avec des hommes qui individuelement sont des hommes de valeurs.

    Reste à former une équipe, ce qui n’a pas été réussi depuis longtemps.

  7. la taupe dit :

    Moi j’y connais rien a la techno et je préfere la politique. Je m’interroge sur le role de la FFV dans cette histoire : le DTN président du jury du concours d’archi de French Spirit, le Président de la FFV présent aux cotés de SK et consors lors de la conf de presse de lancemement de KC2 mais absent de celle de French Spirit. Le skipper de French Spirit qui courre sour les couleurs d’Areva pour l’équipe de france de match race … SK qui annonce un défi modeste pour faire progresser les filières francaises, s’appuyer sur le vivier, etc etc … Mais bon sang de bonsoir, apres le fiasco du ridicule épisode Peyron / Kandler / Défi, la FFV ferait elle encore n’importe quoi ????? Mais oui bien entendu, comme toujours … Quand est qu’on change de président déjà ?

  8. trebormat dit :

    @La Taupe: Perso je n’aime pas trop la politique (voile) mais je ne vois pas ce qui te choque dans tout ça. Que la France est beaucoup de gens de qualité pour monter deux équipes, je trouve ça très bien. Que le président de la ffv ne soit pas présent chez FS, ben c’est dommage mais ce que je trouve dommage personnellement c’est cette volonté de leur demander d’être les arbitres. La fédé devrait soutenir toutes les initiatives et surtout tous les participants aux équipes de la Coupe de l’America quelquesoit le team dans lequel ils sont présent. Je me souviens d’un pot organisé par la fédé à Valencia où les officiels avaient été complètement dépasssé par le nombre de participant.

  9. la taupe dit :

    oui j’étais a ce pot, et je suis d’accord avec toi. Mais dans la phase dans laquelle on se trouve aujourd’hui, le rôle de la fédé n’est pas d’arbitrer ni de jouer ts les chevaux (ce qui est néanmoins mieux que de jouer un seule cheval comme la derniere fois) mais de FEDERER (pas roger, l’autre) ! On ne fera pas 2 équipes compétitives en France. On a 2 projets, un sponsor, pleins de marins, le role de la FFV c’est de mettre tt ce petit monde dans un seul bateau ! on ne lui demande rien d’autre.

  10. Topdetop dit :

    Cela vient juste de resurgir a ma mémoire comme les gens s’étaient investi corps et âmes et financièrement derrière Pajot et FAST2000 pour se retrouver avec une sorte de bateau jaune incapable de virer et finalement avec une longue liste de factures impayées… Juste un commentaire car j’en ai encore dans une boîte quelque part…

  11.  
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