Un format révolutionnaire ? America’s Cup World Series, j’aime +1 – Part 2
Publié par trebormat dans America's Cup World Series, Coupe de l'America, voileAprès vous avoir dit mon admiration pour l’AC45 et son jeunisme forcené (out Coutts, BP, Gilmour), je vais revenir sur le format des America’s Cup World Series. La question du jour est de savoir si nous sommes en présence d’une révolution. Est-ce que ce format est l’avenir de la voile, ou comme le dit aujourd’hui Jochen Schümann, la voile n’a pas à devenir le football ou la formule 1, notre sport défend d’autres valeurs (source Berliner Morgenpost). Est ce que ce nouveau parcours, ce nouvel arbitrage nous fait perdre nos repères de voileux ?.
Le cirque de l’ACWS
Ce billet fait partie d’une suite d’analyse de cette nouvelle compétition America’s Cup World Series produite par Larry Ellison:
- l’AC45, tout simplement fabuleux
- America’s Cup World Series, un format révolutionnaire ?
- Les ACWS, la voile médiatique du futur ?
- Les résultats, qui sont vraiment le plus fort ? Les Français existent’-ils vraiment ?
America’s Cup World Series, un format révolutionnaire ?
Autant vous le dire tout de suite les America’s Cup World Series ne servent à rien pour la Coupe de l’America. Il s’agit d’un nouveau circuit destiné à faire la promotion de la marque « America’s Cup » propriété de Larry Ellison, patron d’Oracle. L’objectif est de promouvoir un nouveau concept de régate (nouveau support, nouveau format) et d’offrir aux équipes une visibilité sur les deux années de préparation pour San Francisco en 2013. Il n’y a rien de nouveau dans cette volonté puisque c’était le cas de l’organisation Alinghi avec les actes dès 2005. Toutefois le format des épreuves a dû s’adapter tant pour les nouveaux voiliers, mais aussi pour la couverture médiatique.

Nouveau format des courses très encadrées. San Diego
Le parcours qui n’a plus de cadre
La première innovation est le parcours. Je sais que les ingénieurs d’Oracle ont fait de nombreuses simulations pour arriver à ce format original. Les départs se font au reaching (largue), c’est rare en régate, mais c’est vrai que c’est plus adapté aux catamarans. En effet à la différence d’un monocoque, un cata stoppé face au vent est vraiment arrêté, et il met du temps à reprendre de la vitesse. Avec ce type de départ, les AC45 sont lancés bien avant le top départ. Le placement est différent, mais reste intéressant. Au niveau du match race ça ne change rien le jeu reste de chasser son adversaire en jouant sur le timing. Et dernier point c’est clairement plus spectaculaire pour la télévision (c’est vrai que c’est beau). Le reste du parcours est classique avec un parcours banane dans l’axe du vent avec des portes comme marque de parcours. En terme de distance, tout est prévu pour que la durée d’une régate soit de 20 minutes pour un match race ou 40 min pour les courses en flotte avec respectivement 2 ou 4 aller-retour. Ça peut paraître rapide par rapport aux traditionnelles régates de Class America, mais tout va plus vite avec le cata. Je trouve que c’est bien suffisant pour le jeu, mais aussi pour les marins qui souffrent physiquement.
Parcours et système d’arbitrage
La vraie originalité est d’avoir défini un cadre fixe autour du parcours. Il y a maintenant des limites à ne pas dépasser par les concurrents sous peine de pénalité. Classiquement, le terrain de jeu est borné par le cadre défini par les laylines mais rien n’empêche le régatier à en sortir même si c’est une erreur stratégique, mais pas par rapport au règlement. On demande aux spectateurs de rester à l’écart de ce cadre de vent virtuel. Pour les ACWS, ils ont changé complètement le concept, il y a maintenant de « vraies » frontières à ne pas franchir. Ces limites n’ont aucun rapport avec les laylines puisqu’elles coupent le parcours dans l’axe du vent. Sur chaque AC45 un voyant clignote quand le voilier s’approche des bornes. Si le concurrent franchit cette zone, il est pénalisé par les juges. Je ne connais pas les raisons de ce choix, j’imagine que c’est pour des raisons médiatiques (et pédagogique peut-être), voir logistique. En terme tactique c’est contraignant, mais cela ne change pas vraiment le jeu par rapport aux laylines. Au niveau stratégique les cadres sont assez larges pour que le choix d’un côté d’un parcours reste crucial. On peut continuer à jouer les ados et refus. Qu’est ce que vous en pensez ?
L’arbitrage du futur ?
La troisième innovation en terme de terme d’organisation de la régate est l’aspect réglementaire. Ils ont décidé de secouer un peu le corps arbitral de l’ISAF. Les arbitres ne sont plus sur l’eau à suivre les concurrents à tenter d’évaluer les positions relatives des concurrents. Les juges suivent à terre sur des écrans où sont reproduit les AC45 en 2D via un positionnement ultra précis (5 cm il me semble). Ils peuvent ainsi juger des engagements en temps réels sans risque d’erreur, c’est bien mieux que la vidéo. L’autre nouveauté est la gestion des pénalités. Dans les règles ISAF en cours la réparation d’une pénalité s’effectue en effectuant un 720°, c’est-à-dire 2 virements et empannage simultané. En cata en général, cette pénalité est trop lourde et rédhibitoire, les instructions spécifient en général un 360. Cela reste une perte énorme qui ne permet pas de résoudre toutes les infractions. Par exemple on ne peut pas pénaliser une collision comme un dépassement de zone. La solution qui est mise en oeuvre est d’infliger des pénalités en temps. Quand un arbitre décide d’une infraction, il demande aux concurrents de se ralentir pour une perte de temps déterminer. Quand ce retard est atteint, il signale aux concurrents qu’il peut reprendre sa route. Je trouve que c’est une solution équitable, mais aussi qui sécurise cette manoeuvre, un 360 pouvant être dangereux.
Le non-format des régates
Dernière création de l’équipe America’s Cup Management, c’est le format des course. Ils ont gardé le principe des régates en flotte et du match racing. Nous étions un peu inquiet de voir des catas en match race, mais il est vrai que grâce à la rapidité de manoeuvre de l’AC45, le jeu est vraiment intéressant. Par contre en ce qui concerne l’organisation des épreuves, c’est-à-dire le mode de classement et le choix des épreuves, je dois avouer que je n’ai rien compris… mais honnêtement ça ne m’intéresse pas. J’ai cru comprendre qu’il y avait des courses qui comptaient pour du beurre et une autre la dernière, qu’il suffisait de gagner pour remporter l’épreuve… Je ne vous parle pas des lieux d’organisation qui semble se courir exclusivement dans les pays qui n’ont pas d’équipe en jeu (à part les USA). Bref comme je vous l’ai dit en préambule, ça n’a pas d’importance ces régates et ce circuit ne sont là que pour promouvoir la marque America’s Cup et permettre aux équipes d’exister. Je peux vous assurer que ce format ne correspond en rien à ce que sera la Coupe de l’America et la Louis Vuitton (épreuve de sélection des challengers) en 2013. Vous imaginez que Larry Ellison mettrait autant d’argent avec le risque de voir la Korean Team ou Energy Team passer en tête comme à Plymouth. Soyons sérieux.
Ce grand chamboulement provoque le choc nécessaire à bouger nos repères pour les médias et notre microcosme même s’il n’y a pas d’enjeu sportif à court terme. Et surtout, il me semble que les concepteurs de ce nouveau format ont respecté la nécessité d’équité sportive propre aux enjeux d’une Coupe de l’America. Il ne faut pas oublier les sommes mis en jeu par les milliardaires et donc la gestion de risque associée. Qui irait mettre des millions sur le tapis s’il n’a pas l’assurance que le combat est équitable ? Ce nouvel arbitrage, plus précis, est indispensable pour la qualité des combats de ce nouveau support, l’AC45. Pour le reste, je vous l’accorde, c’est le cirque médiatique, le spectacle. Et vous qu’est ce que vous en pensez ? Est-ce que ce nouveau format annonce une nouvelle ère pour notre sport ?
Dans un prochain billet, je m’attaque (avec les crocs) à l’aspect médiatique de ce nouveau circuit. Là aussi, c’est la révolution ou pas ?.



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« En effet à la différence d’un monocoque, un cata stoppé face au vent est vraiment arrêté, et il met du temps à reprendre de la vitesse »
A nuancer fortement avec des dérives dont les choix de portances sont raisonnables: même face au vent, un coup de foc autovireur à contre te remet dans le vent et là le catamaran est (sauf erreur, on peut prendre les paris) le roi de l’accélération.
Sur les lignes de bons niveaux, F18, HC16, Classe A, les catas montent et sont même capable de se déplacer latéralement sur la ligne pour défendre leur place et se lance sans aucun souci (quoique aujourd’hui on se contente de monter en cachant son number, vu l’évolution de l’arbitrage des départs…c’est une autre question).
Donc le départ au largue on peut titiller un peu et dire que c’était pour aider les débutants qui ne maîtrisent pas leur canot à l’arrêt
. Car le fait nouveau de San Diego l’arrivée en force des artistes du manche et de la partie d’échec à 20 knot.
Bundock, Pennec, Guichard, Espagnon rejoignent Hagara, Ogeltree et Ashby.
C’est du lourd.
Ces ex-Tornadistes, c’est la promesse d’une très grande qualité sur l’eau. Finesse et anticipation monstrueuse qui échappe sans doute à ceux qui ne sont pas habitué au combat à ce niveau et à ces vitesses. Pas de moqueries ici, juste un constat qu’il faut accepter.
Spithill (avec rien moins qu’ Ashby comme équipier) sur le mondial F18 fait dans le top 20 en 2010. C’est une belle perf.
La crainte est que l’on bascule dans le cirque non pas médiatique mais de gladiateurs .
Ces acrobates de la voile à 20 knot vont prendre des risques.
Surtout le jeu tactique va devenir plus intense et subtile (TNZ-Ashby était remarquable à Plymouth sur cet aspect). La capacité des catas à disposer de VMG équivalente sur des angles différents va être un paramètre de maîtrise majeure qui permet de se dégager ou de contrôler ses adversaires.
Après le mode de classement, c’est toujours celui qui arrive prems qui gagne. Les modalités de qualifications demandent une bonne dose d’attention et là effectivement c’est pas simple. Pour ma part et pour le moment, je ne sens pas de la part d’Oracle la volonté de fermer le jeu de manière exagérée.
C’est un peu plus que beau, c’est un esthétique nouvelle. La marine en bois c’était le top au XIXème, les monocoques au siècle dernier, en 2011 c’est charbon, deux coques, dont une qui vole et aile rigide.
La révolution, c’est tourner sur soi-même, là on est plutôt dans une gigantesque avancée, merci MM Coutts, Allison et tous ceux qui font ces extraordinaires images.
Merci Franck de ton avis éclairé
Beucoup d’information (et promotion)
http://34th.americascup.com/media/files/m4016_SF%20Business%20Times%20Supplement%20Nov%202011.pdf
le cadre imposé en AC45 est pour forcer les équipages à faire des manoeuvres et non uniquement 2 bords de vitesse
Les ACWS continuer l’idée des ESS. Mais le produit est tout pensé pour la TV en direct. Et ils ont réussi absolutment.
Intéressant ausi le calcule de temps et l’adaptation rapide du parcours, avant chaque régate, pour arriver au temps prevu (20 ou 40 min). Les catas-bouées sont pas ancrés, mais fixer la position avec les moteurs, automatiquement engagés selon le GPS.
C’est pas le futur pour toute la voile, mais oui pour la voile comme produit TV. Mais c’est pas bon marché…
Le mode d’arbitrage est génial. Et qui a gagné, a gagné. Pas de protestes aprés régate.
Et ils continuer à changer les regles selon l’expérience:
Depuis San Diego, pas besoin de retourner à la ligne de sortie en cas de OCS, mais même type de peno (2 longueurs, plus la distance qu’on avait surpassée la ligne)
Et une nouveaté plus: signales clignotants à l’arrière:
rouge si demander peno
bleu si on est sous peno
vert si on est dedans les trois longueurs des limites.
http://www.americascupmedia.com/GMR-SDWSD6-0371,en,igf567p96n11.html
(précision GPS: 2 cm)
Mathieu,
Pour l’arbitrage en Match-race tu as oublié de mentionner les deux jetskis qui suivent chaque concurrent. On doit leur rendre hommage car arbitrer depuis un jetski à plus de 25 noeuds c’est impressionnant.
Nicolas
J’ai volontairement oublié les jetskis, je ne vois pas comment c’est possible de juger quoique se se soit sur ces engins. Mais je me trompe peut être?
Une presentation de son role au Episode 10 des videos, à partir du min 12:00
http://youtu.be/fCCXAfOAbtE
J’aime le nouveau look d’Energy:
http://a1.sphotos.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc7/316165_288082637881975_204642376226002_979009_1617772742_n.jpg
Mais je vois pas encore de nouveaux partners…
Les chinois ont organisé un tour pour chercher des navigants et les preparer pour San Francisco:
http://www.americascup.com/en/Teams/China-Team/Calendar/
Les Peyron repetent ces jours le mot « think different ».
Et il y a toute une réflexion « philosphique » sur le sens du nouveau logo comme expression de la différence:
« Le nouveau logo frappé sur les coques et le long de l’aile intégrale noire, comporte un pictogramme fort, comme un symbole marqué au fer rouge. Ce picto symbolise la DIFFERENCE, c’est l’ADN d’Energy Team. Une expression racée et dynamique, à l’image d’une nouvelle forme de navigation, plus rapide, innovante et impressionnante, engendrée par la rencontre de l’étrave et de l’aile. »
http://www.americascup.com/fr/equipages/Energy-Team/Latest/Gallery/2011/11/Energy-New-look/
Tout ça peut avoir relation avec un possible et pas encore connu sponsor? Ou bien seulement les belles paroles du creatif?
« Think different » c’est pas la devise de Franck Cammas ?lol
Pour le sponsor attendons la fin de l’année et les premières régates en de 2012.
Nicolas
J’aime / J’aime pas …
Oui le AC45 est sublimissime, oui le show TV ou Youtube est superbe, oui une nouvelle ére commence.
Mais… trop c’est trop, et je crains que le cirque médiatique autour de l’AC34 et l’ACWS fasse un écran de fumée pour le grand public vis à vis d’autres évènements de voiles majeurs qui passent en arrière plan.
Que ce soit le WMRT, l’eXtreme40, le MOD70, … ou même les courses au large, tous peuvent en patir, sans parler des conflits de dates (volontaires?).
L’AC34 reste une « niche » infime dans l’univers de la voile, qui a de multiples facettes.
De plus le côté d’auto-conviction et de messages martelés sans cesse (« Les meilleurs skippers du monde sur les meilleurs bateaux du monde »)…. euh, relativisons. Qui plus est, en y réfléchissant bien, ils n’ont pas inventé grand chose, mais pris de bonnes idées ici et là en les réunissant. C’est déjà bien certes.
A la fin, cela restera une duel pour milliardaires où le plus gros budget l’emportera (ETNZ dixit), donc messieurs merci pour le spectacle, mais svp relativisons.
Les régates des MOD 70 auraient-elles été retransmise en direct si l’américa’s cup ne montrait pas un si bon exemple?
Personnellement je trouve que c’est l’effet inverse. Les ACWS donnent envie de suivre les autres évènements. C’est complémentaire. On « regarde » (spectacle) les ACWS et on « suit »(toutes les 12h on passe 5min sur les cartographies) une course au large.
Pas faux. Mais le coté « ombre portée à… » ou les « conflits » s’appliquent aussi aux sponsors dans ces temps difficiles. 1 campagne AC représentant plusieurs dizaines de saisons en MOD70, VOR, eXtreme 40, WMRT, IMOCA 60 … Sans parler d’autres sports. Le sponsoring n’est pas a budget illimité, et tout le monde courtise les mêmes grands comptes. Pour ma part, je préfère voire 10 équipes avec un beau programme sur 10 ans, plutot qu’une seule focalisant sur 1 seul evenement à budget identique. Le show médiatique qui « donne envie de suivre les autres » n’est également qu’une question de budget de fonctionnement.
Les régates L’événement du 16 au 19 novembre en streaming vidéo sur le site web canalplus.fr et la dernière régate en flotte le dimanche 20 novembre sur la chaîne Sport+.
En parallèle des programmes ‘live’, Canal+ propose également 50 minutes de résumés des duels de l’AC Match Racing Championship, des AC500 Speed Trial (épreuves de vitesse) et de l’ultime régate en flotte qui couronne l’AC Fleet Race Champion.
Loïc Le Bras, commentera
cet événement depuis San Diego, à la fois sur le web (canalplus.fr) et sur Sport+ le dernier dimanche.
http://www471.pair.com/acadmin/media_blog/wp-content/uploads/2011/11/20111111_Canal+FR.pdf
Loïck:
« Mais cela ne change quand même pas à ce point le jeu séculaire de la régate ?
- Si, bien sûr. C’est une manière de révolutionner les règles. … une simplification des règles qui se révèle très judicieuse. Elle permet aux arbitres montés sur des scooters de mer de juger les situations en un éclair, elle permet aux commentateurs de bien commenter, au public de comprendre… »
http://tempsreel.nouvelobs.com/les-carnets-du-vent/20111114.OBS4441/america-s-cup-loick-peyron-il-fallait-y-etre.html