Salut à tous,
D’un édito à l’autre, toujours aussi rapidement. Pourtant il y a tant à partager… En particulier les belles prestations françaises à San Diego que j’aurais aimé saluer par un billet dédié. Nous avons aussi de la matière à discuter avec les America’s Cup World Series, je vous l’ai promis, j’y reviens prochainement. Pour l’instant je suis comme beaucoup d’entre nous occupé à m’affairer pour le Nautic de Paris. J’y serais du jeudi 8 au dimanche 12 décembre.
Si vous êtes dans le coin, je serais heureux de débattre avec vous de Coupe de l’America, d’autant plus si vous avez envie d’inclure un peu de technologie America’s Cup dans votre projet voile.
Pour me contacter, c’est facile mon email ou bien vous laisser un petit commentaire.
A bientôt
Pas le temps de vous faire un billet de présentation de l’épreuve de l’America’s Cup World Series de San Diego. Elle débute aujourd’hui. Je vous rappelle que vous pouvez suivre les régates en direct sur le site officiel : www.americascup.com.
La composition des équipages a encore évoluée, nous avons maintenant de plus en plus de spécialiste du catamaran de sport. On notera par exemple Glen Asby, Yann Guichard.
Autre fait notable, la présence en tant qu’observateur de l’équipe nouvellement déclaré: Luna Rossa. J’étais un fan (et un prestataire) de ce team, j’espère que l’aventure sera aussi belle que les précédentes campagnes.
Au plaisir de lire vos commentaires des régates ici ou sur Facebook.
Après vous avoir dit mon admiration pour l’AC45 et son jeunisme forcené (out Coutts, BP, Gilmour), je vais revenir sur le format des America’s Cup World Series. La question du jour est de savoir si nous sommes en présence d’une révolution. Est-ce que ce format est l’avenir de la voile, ou comme le dit aujourd’hui Jochen Schümann, la voile n’a pas à devenir le football ou la formule 1, notre sport défend d’autres valeurs (source Berliner Morgenpost). Est ce que ce nouveau parcours, ce nouvel arbitrage nous fait perdre nos repères de voileux ?.
Le cirque de l’ACWS
Ce billet fait partie d’une suite d’analyse de cette nouvelle compétition America’s Cup World Series produite par Larry Ellison:
America’s Cup World Series, un format révolutionnaire ?
Les ACWS, la voile médiatique du futur ?
Les résultats, qui sont vraiment le plus fort ? Les Français existent’-ils vraiment ?
America’s Cup World Series, un format révolutionnaire ?
Autant vous le dire tout de suite les America’s Cup World Series ne servent à rien pour la Coupe de l’America. Il s’agit d’un nouveau circuit destiné à faire la promotion de la marque « America’s Cup » propriété de Larry Ellison, patron d’Oracle. L’objectif est de promouvoir un nouveau concept de régate (nouveau support, nouveau format) et d’offrir aux équipes une visibilité sur les deux années de préparation pour San Francisco en 2013. Il n’y a rien de nouveau dans cette volonté puisque c’était le cas de l’organisation Alinghi avec les actes dès 2005. Toutefois le format des épreuves a dû s’adapter tant pour les nouveaux voiliers, mais aussi pour la couverture médiatique.
Nouveau format des courses très encadrées. San Diego
Le parcours qui n’a plus de cadre
La première innovation est le parcours. Je sais que les ingénieurs d’Oracle ont fait de nombreuses simulations pour arriver à ce format original. Les départs se font au reaching (largue), c’est rare en régate, mais c’est vrai que c’est plus adapté aux catamarans. En effet à la différence d’un monocoque, un cata stoppé face au vent est vraiment arrêté, et il met du temps à reprendre de la vitesse. Avec ce type de départ, les AC45 sont lancés bien avant le top départ. Le placement est différent, mais reste intéressant. Au niveau du match race ça ne change rien le jeu reste de chasser son adversaire en jouant sur le timing. Et dernier point c’est clairement plus spectaculaire pour la télévision (c’est vrai que c’est beau). Le reste du parcours est classique avec un parcours banane dans l’axe du vent avec des portes comme marque de parcours. En terme de distance, tout est prévu pour que la durée d’une régate soit de 20 minutes pour un match race ou 40 min pour les courses en flotte avec respectivement 2 ou 4 aller-retour. Ça peut paraître rapide par rapport aux traditionnelles régates de Class America, mais tout va plus vite avec le cata. Je trouve que c’est bien suffisant pour le jeu, mais aussi pour les marins qui souffrent physiquement.
Parcours et système d’arbitrage
La vraie originalité est d’avoir défini un cadre fixe autour du parcours. Il y a maintenant des limites à ne pas dépasser par les concurrents sous peine de pénalité. Classiquement, le terrain de jeu est borné par le cadre défini par les laylines mais rien n’empêche le régatier à en sortir même si c’est une erreur stratégique, mais pas par rapport au règlement. On demande aux spectateurs de rester à l’écart de ce cadre de vent virtuel. Pour les ACWS, ils ont changé complètement le concept, il y a maintenant de « vraies » frontières à ne pas franchir. Ces limites n’ont aucun rapport avec les laylines puisqu’elles coupent le parcours dans l’axe du vent. Sur chaque AC45 un voyant clignote quand le voilier s’approche des bornes. Si le concurrent franchit cette zone, il est pénalisé par les juges. Je ne connais pas les raisons de ce choix, j’imagine que c’est pour des raisons médiatiques (et pédagogique peut-être), voir logistique. En terme tactique c’est contraignant, mais cela ne change pas vraiment le jeu par rapport aux laylines. Au niveau stratégique les cadres sont assez larges pour que le choix d’un côté d’un parcours reste crucial. On peut continuer à jouer les ados et refus. Qu’est ce que vous en pensez ?
L’arbitrage du futur ?
La troisième innovation en terme de terme d’organisation de la régate est l’aspect réglementaire. Ils ont décidé de secouer un peu le corps arbitral de l’ISAF. Les arbitres ne sont plus sur l’eau à suivre les concurrents à tenter d’évaluer les positions relatives des concurrents. Les juges suivent à terre sur des écrans où sont reproduit les AC45 en 2D via un positionnement ultra précis (5 cm il me semble). Ils peuvent ainsi juger des engagements en temps réels sans risque d’erreur, c’est bien mieux que la vidéo. L’autre nouveauté est la gestion des pénalités. Dans les règles ISAF en cours la réparation d’une pénalité s’effectue en effectuant un 720°, c’est-à-dire 2 virements et empannage simultané. En cata en général, cette pénalité est trop lourde et rédhibitoire, les instructions spécifient en général un 360. Cela reste une perte énorme qui ne permet pas de résoudre toutes les infractions. Par exemple on ne peut pas pénaliser une collision comme un dépassement de zone. La solution qui est mise en oeuvre est d’infliger des pénalités en temps. Quand un arbitre décide d’une infraction, il demande aux concurrents de se ralentir pour une perte de temps déterminer. Quand ce retard est atteint, il signale aux concurrents qu’il peut reprendre sa route. Je trouve que c’est une solution équitable, mais aussi qui sécurise cette manoeuvre, un 360 pouvant être dangereux.
Le non-format des régates
Dernière création de l’équipe America’s Cup Management, c’est le format des course. Ils ont gardé le principe des régates en flotte et du match racing. Nous étions un peu inquiet de voir des catas en match race, mais il est vrai que grâce à la rapidité de manoeuvre de l’AC45, le jeu est vraiment intéressant. Par contre en ce qui concerne l’organisation des épreuves, c’est-à-dire le mode de classement et le choix des épreuves, je dois avouer que je n’ai rien compris… mais honnêtement ça ne m’intéresse pas. J’ai cru comprendre qu’il y avait des courses qui comptaient pour du beurre et une autre la dernière, qu’il suffisait de gagner pour remporter l’épreuve… Je ne vous parle pas des lieux d’organisation qui semble se courir exclusivement dans les pays qui n’ont pas d’équipe en jeu (à part les USA). Bref comme je vous l’ai dit en préambule, ça n’a pas d’importance ces régates et ce circuit ne sont là que pour promouvoir la marque America’s Cup et permettre aux équipes d’exister. Je peux vous assurer que ce format ne correspond en rien à ce que sera la Coupe de l’America et la Louis Vuitton (épreuve de sélection des challengers) en 2013. Vous imaginez que Larry Ellison mettrait autant d’argent avec le risque de voir la Korean Team ou Energy Team passer en tête comme à Plymouth. Soyons sérieux.
Ce grand chamboulement provoque le choc nécessaire à bouger nos repères pour les médias et notre microcosme même s’il n’y a pas d’enjeu sportif à court terme. Et surtout, il me semble que les concepteurs de ce nouveau format ont respecté la nécessité d’équité sportive propre aux enjeux d’une Coupe de l’America. Il ne faut pas oublier les sommes mis en jeu par les milliardaires et donc la gestion de risque associée. Qui irait mettre des millions sur le tapis s’il n’a pas l’assurance que le combat est équitable ? Ce nouvel arbitrage, plus précis, est indispensable pour la qualité des combats de ce nouveau support, l’AC45. Pour le reste, je vous l’accorde, c’est le cirque médiatique, le spectacle. Et vous qu’est ce que vous en pensez ? Est-ce que ce nouveau format annonce une nouvelle ère pour notre sport ?
Dans un prochain billet, je m’attaque (avec les crocs) à l’aspect médiatique de ce nouveau circuit. Là aussi, c’est la révolution ou pas ?.